Comment parler de l’impact de la cyberdépendance au porno et de l’addiction sexuelle ?

Lorsque mon ex et moi avons décidé de continuer ensemble malgré sa dépendance à la pornographie je me suis, à juste titre, sentie incomprise : par mon conjoint, par nos amis et par sa famille. À l’époque, je n’avais alors découvert que la cyberdépendance au porno. Une semi-vérité que Laurent avait avouée pour cacher l’ampleur de son problème. J’étais face à une difficulté, fallait-il en parler, et si oui, comment expliquer l’ampleur de ce trouble et les impacts sur le comportement de mon conjoint, sur notre couple, et sur moi.


Nous étions dans une zone d’ombres, car regarder du porno, se masturber et regarder les femmes sont des comportements normaux que tous les hommes ont. Mon conjoint a su se saisir de cette zone d’ombres pour minimiser aux yeux de certains de ses amis et de sa famille ses comportements. J’étais mal à l’aise face à ses amis, car je savais que certains pensaient que j’exagérais, et que j’en faisais beaucoup pour pas grand-chose. De son côté, il jouait la carte de l’homme qui assumait aux yeux de tous (il en parlait trop à mon goût), et qui faisait tout pour se sortir de ce que beaucoup ne considéraient pas comme un problème.  Encore une belle technique de manipulation, pour faire croire à tous qu’il se prenait en main, et au passage me faire passer pour une folle.  Je ne sais pas pourquoi, mais mon ex a décidé d’en parler à sa mère. Celle-ci m’a mis ce problème sur le dos, expliquant que ce n’était pas un problème, mais sûrement le fait que je ne savais pas satisfaire son fils. Évidemment, Laurent n’a pas tenté de prendre ma défense ni d’expliquer son problème, il justifiait cela par le fait que sa mère ne comprendrait pas. Je savais que c’était par honte, et que c’était plus facile de la laisser croire que j’étais la cause de cela plutôt que de reconnaître son problème, et en prime je me remettais en question et j’étais une fois de plus humiliée.

Lorsque la vérité sur l’ampleur de l’addiction de mon conjoint a éclaté, un de nos amis communs s’est excusé de ne pas avoir compris, il m’a alors confié qu’il me pensait trop jalouse et contrôlante. Ses excuses m’ont touchée, pendant trop longtemps Laurent m’a fait porter le poids de cela. J’ai à présent un besoin viscéral d’être reconnu dans ma souffrance, et que sa responsabilité sois reconnu. Ce n’est donc que quand l’addiction à la prostitution a été révélée, que certains ont un peu plus compris ce que nous vivions. Le passage à l’acte avec des putes est plus facile à concevoir comme un problème et comme une trahison, car il n’y a pas cette zone d’ombres qu’il peut y avoir avec la pornographie. Pourtant la dépendance au porno est également un problème.
Le comportement de l’addict est dicté par des pulsions sexuelles envahissantes qu’il détourne du couple. Son rapport aux femmes et au sexe en est alors perturbé. Le sexe (que ce soit passage à l’acte ou masturbation) est utilisé de manière pulsionnelle en dehors de toute notion de plaisir, et la femme (réelle ou en image) devient l’objet permettant d’assouvir cette pulsion. L’addict, à force d’être dans ce rapport au sexe et à la féminité, s’éloigne ainsi d’une sexualité saine, et dans le partage. Comme dans n’importe quelle dépendance, l’accoutumance pousse celui-ci à aller plus loin tant dans ce qu’il regarde, dans la quantité et la fréquence que dans ses actes. À force d’avoir une excitation provoquée par certaines images (allant de plus en plus loin) ou dans le passage à l’acte (avec des prostituées ou d’autres femmes), l’addict perd son désir pour la personne avec qui il partage sa vie. Il peut alors avoir des difficultés d’érection ou des éjaculations tardives ou inexistantes. Je me souviens que pour espérer exciter mon ex il fallait que je l’attende en mini-jupe, talons hauts, décolleté plongeant, rouge à lèvre rouge. Son addiction et les schémas associés étaient tellement ancrés en lui qu’il était incapable de vivre une réelle intimité sexuelle.
L’impact de l’addiction à la pornographie sur le rapport à la masturbation, ou sur le regard de l’addict sur les femmes est difficile à expliquer, car ce sont à la base des comportements ordinaires et présents malgré une sexualité saine et épanouissante. Le problème commence lorsque l’addict est sans cesse à la recherche de stimulations visuelles, le ramenant à ce qu’il voit/cherche dans la pornographie, et lorsque ses regards sont associés à des pensées envahissantes, et incontrôlables.

On peut parler d’addiction (masturbation, porno, prostitution, etc..) lorsque ces comportements isolent l’addict, l’enferment, ont un impact sur sa sexualité, et lorsque cela devient non pas un plaisir, mais un besoin afin de gérer des émotions qu’il ne peut contrôler sans ce comportement.
Au cours des dix dernières années, mon conjoint s’est enfermé dans le porno, la masturbation, les clubs de strip-tease et les prostituées, délaissant ainsi sa vie de couple et sa vie sociale. Mettant ainsi à distance toute relation réelle et profonde (amicale, amoureuse).
Pour mieux comprendre l’addiction sexuelle, et la zone d’ombre entre le normal et le pathologique j’aime faire le parallèle avec la boulimie.

Manger est un besoin naturel et nécessaire à la survie, tout comme le sexe. Pourtant tout le monde n’est pas boulimique, et lorsque quelqu’un se met à engloutir tout ce qu’il trouve pour fuir des émotions, lorsque le boulimique préfère rentrer chez lui faire sa crise plutôt que de voir des amis, lorsqu’il n’apprécie pas un bon dîner, car il est envahi par le besoin d’engloutir tout ce qui est devant lui, cela devient un problème. Cela n’a rien à voir avec le fait que le repas au restaurant était bon ou non. Il en est de même pour l’addict sexuel, cela devient un problème lorsqu’il utilise le sexe (masturbation ou passage à l’acte) comme fuite, et cela n’a rien à voir avec la satisfaction et le désir que provoque sa conjointe.

L’addiction sexuelle est encore trop souvent minimisée, c’est un sujet tabou, ce qui représente un problème majeur. L’addict sexuel va avoir tendance (comme tout addict) à mentir, minimiser, et justifier son comportement. Et il est plus facile de minimiser une addiction peu connue comme celle-ci plutôt que minimiser une addiction à l’héroïne.

Pourtant les effets de dépendance, la destruction qu’elle engendre (autodestruction et destruction de l’entourage), les effets sur le cerveau, et les patterns déclenchant la consommation sont similaires à ceux d’un dépendant à une drogue.

Mon parcours de psy m’a permis de comprendre cela, d’aller rapidement chercher les bonnes informations pour mieux comprendre le phénomène de dépendance sexuelle. Cela a eu un effet positif : je comprenais mieux ce qu’il se passait, je pouvais essayer de ne pas me culpabiliser pour les comportements de mon ex, j’ai tenté d’aiguiller mon ex-conjoint vers des spécialistes. Mais ma compréhension psychologique de ce phénomène m’a également amené à avoir beaucoup d’empathie  me conduisant à vouloir l’aider, le soutenir, et l’excuser de certains mots et comportements. C’est aussi ce qui m’a aidé à prendre la décision de le quitter (après beaucoup de mensonges et de rechutes).

Je suis bien placé pour comprendre les effets d’une addiction, pour savoir que c’est un processus extrêmement long pour que l’addict parvienne à la contrôler, et que les rechutes seront présentes à différents moments du processus. Un addict sera toujours addict, cela peut paraître pessimiste, mais c’est une réalité que les conjointes doivent connaître. Cela signifie que les tentations seront toujours là, et que cette lutte pourra le rendre irritable, anxieux, déprimé.  Il est possible de contrôler cette addiction, mais pour cela il est nécessaire que l’addict sorte complètement de son cercle de mensonges, qu’il suive une thérapie pendant une très longue période (et/ou qu’il participe à des groupes de paroles), et qu’il accepte qu’il sera addict à vie, et que de ce fait il devra être vigilant.

Si l’on fait un parallèle avec les alcooliques, ceux qui s’en sortent reconnaissent et admettent que cela sera une lutte présente toute leur vie, et ils sont nombreux à assister aux réunions des AA pendant de longues années malgré l’absence de rechutes. Ce principe est le même pour toutes les addictions.

Pour ma part, j’ai refusé de vivre avec cette épée Damoclès sur la tête, il y avait eu bien trop de mensonges, de manipulation, et il avait été bien trop loin dans son addiction pour que je puisse espérer une vie de famille avec lui. Laurent a tenté maintes fois de me récupérer, me jurant avoir changé, avoir réglé son problème, et être sorti définitivement de cela. Le simple fait qu’il ne reconnaisse pas qu’il sera addict toute sa vie, et qu’à de nombreux moments il devra lutter, m’a permis de maintenir ma décision sachant pertinemment que ce discours n’était pas celui d’un addict pleinement conscient de son problème et de ses enjeux, mais celui d’un addict encore en pleine manipulation et illusion.
Pour celles qui décident de rester, il est important que vous parveniez à parler de cette problématique à certains amis, à un professionnel afin d’être soutenue. Lorsque j’ai décidé de rester avec mon conjoint malgré son addiction à la pornographie, j’ai eu la chance d’être accompagné par une psy spécialisée dans les problématiques en lien avec l’addiction sexuelle, ce qui m’a permis de maintenir un peu la tête hors de l’eau. À ce moment-là, j’avais très peu parlé de cela à mes amis. La honte et la peur que certains ne voient pas le problème me tétanisaient. Pourtant cette aide est nécessaire, il faut choisir ceux à qui parler, prendre le temps d’expliquer la problématique et ses effets, sur l’addict, sur le couple et sur nous.
Si vous avez besoin de mieux comprendre l’addiction sexuelle, ou si vous ne savez pas comment l’expliquer à vos proches, voici quelques liens intéressants: 

http://votrecerveaudansleporno.com/etudes-scientifiques-cerveaux-addiction-au-porno

http://votrecerveaudansleporno.com/addiction-au-porno-concept-scientifique

http://stopporn.fr/addiction-a-la-pornographie-et-a-la-masturbation/#7

http://www.femmeactuelle.fr/amour/sexo/vivre-avec-un-sex-addict-03135

 

 

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Un commentaire sur “Comment parler de l’impact de la cyberdépendance au porno et de l’addiction sexuelle ?

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  1. Bonjour et merci du fond du coeur. J’adhère à tout ce que vous dites. J’aimerais avoir une conversation avec vous en privé, j’ai tellement à dire. J’ai mal. J’ai 60 ans, j’endhure depuis presque 30 ans. Aujourd’hui, du fait qu’il est retraité et 24 sur 24 avec moi il considère qu’il est guéri. Il ne fait plus rien physiquement mais ce qui me catastrophe ce sont ses regards concupiscents lorsque nous allons où que ce soit (supermarché et autres). J’appréhende de sortir avec lui car je reviens la tête à l’envers. Je pense qu’il compulse grave. Il cherche les regards.. Comment peut-on rentrer en contact s’il vous plaît ?

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